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Les chroniques d'Alain Daill-Labaye

Pas folle la guêpe

Guêpe

L’histoire débute au printemps. En avril, la Reine, ayant dormi tout l’hiver, s’éveille. Immédiatement, elle se met à l’ou­vrage : Elle construit le premier rayon de ce qui deviendra un nid. Elle y dépose les premières larves, les ouvrières, insectes asexués qui ont pour vocation l’intendance. Deux missions : Agrandir et compléter les infrastructures de la colonie et veil­ler au bon fonctionnement de l’économat, no­tamment en ce qui concerne l’approvisionnement en nourriture de la commu­nauté.
La construction du nid de guêpes obéit à des règles précises. Chaque rayon se compose de cellules hexagonales. Les femelles et la plupart des mâles logeront dans les cellules les plus spa­cieuses. Les plus exiguës seront réservés aux ouvrières ainsi qu’à quelques mâles sans que l’on sache exacte­ment sur quels critères repose l’at­tribution des logements. De tailles diverses, les co­lo­nies peuvent compter des dizaines de milliers d’insectes, danger dans le cas des guêpes germaniques que l’on trouve plus fréquem­ment dans le Nord; plus raisonnables, les commu­nautés de guêpes polistes, que l’on rencontre dans nos régions et qui ne re­groupent que quelques centaines d’individus. En Dor­dogne, on les appelle Longues pattes.

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Printemps de pêche.

Pêcheur à la ligne

 Pour beaucoup de pêcheurs la saison de pêche commence à la mi-mars.
Dès le deuxième samedi du mois, les torrents, les gaves, les ruisseaux, toute eau claire suffisamment oxygénée a vu l’arrivée massive des pêcheurs de truite. Cela ne dure qu’un jour  et le lendemain  de l’Ouverture les berges des rivières de 1ere catégorie redeviennent paisibles et s’abandonnent aux pêcheurs du coin.
Le 1er mai, c’est l’ouverture de la pêche aux carnassiers. Entendez par là, perches, brochets, sandres et autres black-bass. En réalité, c’est devenu l’ouverture générale car on peut tout pêcher.
Le moindre rayon de soleil et la vie est partout. Dans les champs, dans les prés, dans les bois et, bien sûr, dans la rivière. Les poissons ont passé l’hiver enfouis dans les vases ou cachés dans les racines des aulnes. La chaleur de l’eau qui augmente, la nécessité de se refaire une santé après un jeûne prolongé et c’est la cohue. Ça nage, ça glisse, ça plonge et ça saute. Les alevins frétillent en bande. La jeunesse a de l’appétit.
Le brochet aussi. Il est impossible de le confondre avec un autre poisson. Il est  mince, long, fuselé comme un bolide de course. Les épaules rentrées, il guette sa proie, immobile, de ses petits yeux cruels qu’il porte haut, au-dessus de la tête.

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Chez les Martin

Les Martin

Les Martin se sont installés en aval du moulin. C'est un jeune couple. Dès leur rencontre, ils se sont mis à l'ouvrage. Pendant des jours, sans relâche, ils ont creusé la terre molle de la berge.  Les travaux sont terminés. Ils sont chez eux. Ils ont un nid douil­let. Leur nid. Une petite pièce, toute simple, dans laquelle on ac­cède par un étroit tunnel de quelques dizaines de cen­ti­mètres. Après l'accouplement, la femelle s'installera dans ce terrier afin d'y pondre cinq à six œufs.
Pour l'heure, les Martin, côte à côte, têtes inclinées, le bec serré, sont perchés sur une branche de saule. Ils resplendissent dans la lueur du matin. Les chatons dorés de l'arbre illuminent les deux tâches tur­quoise. De leur perchoir, ils scru­tent l'eau du ruisseau, éclaboussée par les premiers rayons du soleil. Ils sont à l'affût. Ils chassent. Un des Martin se raidit. Il resserre étroitement ses plumes. Il se concentre tel un nageur au départ de la course, afin d'accroître son aérodynamique. Il plonge dans l'eau comme un obus. Il perce le miroir liquide comme une flèche. Au moment de l'impact, il ferme les ailes. Sous l'eau, il les rouvre et il rame. Qu'a-t-il vu ? Il n'y a rien. Quelque éclat de nuage, un reflet qu'il aura pris pour une proie. Deux à trois coups d'ailes, il regagne son perchoir. Il s'ébroue. Il se sèche. Il se lisse. Puis il s'envole.
Telle une fusée, il remonte le ruisseau. Il frôle le mur du moulin. Il pique vers le bief tumultueux. Il se rétablit et c'est une balle traçante qui remonte le canal. Il se glisse sous la voûte de la frondaison. Le bolide avale les méandres. Il se rit des cour­bes et des sinuosités. Un merisier, abattu par l'hiver, lui bar­re la route ? Il l'évite au dernier moment ! Il fond dans le trou noir sous le pont écroulé. Il effleure le vieux bois. Il bi­furque. L'eau frissonne. Il freine. Il déploie les ailes. Il se pose sur un muret. De nouveau, il guette.

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Les lavandières sont de retour

bergeronnette

On les nomme bergeronnettes parce qu'elles aiment l'eau et qu'elles raffolent des berges des rivières. Bergeronnettes car, grises, printanières ou des ruisseaux, fragiles mais infatigables  ber­gères, elles accompagnent le bétail qui broute dans le pré.
On les appelle lavandières, parce qu'elles élisaient domiciles près des lavoirs et que c'était un plaisir, aux premiers beaux jours, au moment des grandes lessives, de les voir sautiller sur les pierres mouillées et se percher sur la margelle du puits.
On les qualifie de hochequeues, parce qu'elles hochent la queue. On dirait qu'elles battent la mesure. Sans cesse.    
Elles sont de retour. Elles ont passé les mois d'hiver en Afri­que du Nord ou dans les pays de l'Europe méridionale.
En voici deux. Elles ont retrouvé les pâturages humides et verts qu'elles avaient quittés l'année précédente. Aujourd'hui, elles suivent la progression du troupeau comme, autrefois, elles sui­­­vaient le laboureur ou le glaneur. Toujours en alerte, dans l'her­be poudrée de pâquerettes, elles picorent les insectes et les petits invertébrés dérangés par les sabots des vaches.

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En route pour les Sargasses

Anguille

Après leur huitième année, aux premiers souffles du printemps, les anguilles s'extraient des nuits boueuses de l'hiver et prennent congé des eaux qu'elles ont envahies des années auparavant. Dotées d'une ancestrale énergie elles descendent les rivières et, se fiant à leur mémoire ou à la mémoire de l'eau, elles prennent le chemin du retour. Ou de l'aller. Le même.
C'est la période de l'avalaison : la vie est en aval. Dans toutes les mares, dans tous les étangs, dans toutes les rivières, du lac le plus septentrional de l'Europe au détroit de Gibraltar, zone par zone, pays par pays, région par région, dans tous les cours d'eau, le grand signal est passé.
L'été s'installe. La nuit tombe. Le vent se lève. L'orage menace. Dans le ciel d'encre, le tonnerre gronde. Une averse brutale et blanche dégringole. Le temps d'un éclair, le filet d'eau se transforme en torrent. Les anguilles se mettent en boules. Comme des balles de caoutchouc, elles dévalent dans le courant. Les voilà parties.

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Coucou.

Coucou

Deux notes suffirent à Beethoven pour évoquer le printemps dans la Symphonie Pastorale. Avec le hautbois, la caille car­caille et répond au coucou qui vibre par l'anche de la cla­rinette. La nature s'éveille et le chant de l'invisible oiseau n'est plus qu'un rêve sonore. Pourtant, le chant se prolonge et de­vient un cri amoureux. L'appel redouble. Une troisième syllabe s'a­­l­an­guit. Le mâle, au plumage gris, hèle la femelle. On n'en­tendra que leurs voix. On ne les verra jamais. Ils ont élu do­micile, loin de la lisière du bois, au sommet de la colline, là-bas.
Étranges oiseaux que ces cuculus ! La femelle se pose sur la plus haute branche de l'éminence. De son perchoir, elle res­semble à l'épervier qui guette une proie. En réalité, elle dresse un état des lieux des domiciles et des couvées de tous les pas­se­reaux qui se trouvent sur son territoire. Elle choisit un nid et, dans la volée, évalue les qualités des futurs parents adoptifs. Son choix effectué, après avoir maintes fois pesé le pour et le contre - ce troglodyte me paraît bien agité comparé à la bon­homie de ce rouge-gorge -, elle attend que les parents oiseaux aillent faire leurs courses.

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