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Les chroniques d'Alain Daill-Labaye

Coucou.

Coucou

Deux notes suffirent à Beethoven pour évoquer le printemps dans la Symphonie Pastorale. Avec le hautbois, la caille car­caille et répond au coucou qui vibre par l'anche de la cla­rinette. La nature s'éveille et le chant de l'invisible oiseau n'est plus qu'un rêve sonore. Pourtant, le chant se prolonge et de­vient un cri amoureux. L'appel redouble. Une troisième syllabe s'a­­l­an­guit. Le mâle, au plumage gris, hèle la femelle. On n'en­tendra que leurs voix. On ne les verra jamais. Ils ont élu do­micile, loin de la lisière du bois, au sommet de la colline, là-bas.
Étranges oiseaux que ces cuculus ! La femelle se pose sur la plus haute branche de l'éminence. De son perchoir, elle res­semble à l'épervier qui guette une proie. En réalité, elle dresse un état des lieux des domiciles et des couvées de tous les pas­se­reaux qui se trouvent sur son territoire. Elle choisit un nid et, dans la volée, évalue les qualités des futurs parents adoptifs. Son choix effectué, après avoir maintes fois pesé le pour et le contre - ce troglodyte me paraît bien agité comparé à la bon­homie de ce rouge-gorge -, elle attend que les parents oiseaux aillent faire leurs courses.


Trois œufs som­meillent dans le nid dé­laissé. Rapide comme une ombre, un de ses œufs déli­catement enserré entre les serres, elle vole vers le nid élu. Elle est anxieuse. De tous côtés, de ses yeux rouges, elle jette des re­gards furtifs. La voie est libre. Elle subtilise alors un œuf et, avec précaution, le remplace par l'objet de sa fécondation. Le subterfuge est parfait. Ils n'y verront que du feu. Son mauvais coup accompli, à l'abri dans quelques fron­daisons, elle se dé­tend. Ces émotions lui ont ouvert l'appétit. Qu'à cela ne tienne. Elle brise l'œuf volé et le gobe.
Les parents passereaux retrouvent leur nichée. Tout est en ordre. "Couvons", dit la mère.         L'œuf du coucou se développe rapidement. C'est le premier à éclore. Les parents sont géné­ra­lement fort surpris de découvrir la tête de leur progéniture. Ils sont franchement agacés lorsqu'ils s'aperçoivent que leur reje­ton, lors d'une de leur absence, en a profité pour jeter à bas du nid ses frères et ses sœurs, qui n'ont pas survécu à une telle chute. "Ce n'est pas bien", dit le père. "Tu es un drôle d'oiseau. Mais nous t'aimons quand même," ajoute la mère.

A. Daill-Labaye