Le 11 novembre 1942, les Allemands envahissent la zone sud et les Gersois découvrent alors l’occupant casque et botté puis ses supplétifs de la Milice, cependant que la répression s’accroît sur une Résistance qui se renforce et prépare l’insurrection du jour J (le débarquement allié, dont on ignore encore le lieu).
Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie : les maquis sont activés pour empêcher les troupes allemandes disséminées sur le territoire de remonter pour s’y opposer. Dès lors, les soldats allemands deviennent très agressifs face aux harcèlements et aux sabotages des Résistants, dans le Gers comme dans tout le pays (la première attaque gersoise de convoi allemand a eu lieu à Saint Maur le 8 juin, conduite par le bataillon Soulès, de l’Armée Secrète). Après six semaines de ce régime d’insécurité, 800 allemands renseignés occupent Mirande le 19 juin et traquent le maquis de L’isle-de-Noé durant une semaine (trois fusillés dont le chef et un déporté).
Par ailleurs, une colonne allemande de répression va sillonner le Gers du 20 au 22 juillet 1944 sans chercher à s’attaquer aux maquis mais avec la volonté manifeste de terroriser la population par l’occupation brutale du terrain. Elle arrive par le Lot-et-Garonne où, le 20 juillet, elle a exécuté un résistant gersois d’Aignan de passage à Villeneuve-de-Mézin. A Montréal, on tue gratuitement un facteur. Le 21 juillet à Lagraulet, quatre maquisards en déplacement sont capturés, torturés puis exécutés le lendemain à Condom. En sortant, la colonne prend la direction de Valence-sur-Baïse et exécute gratuitement deux jeunes de 16 et 17 ans qui se rendaient au dépiquage.
La colonne allemande se scinde alors en deux éléments dont l’un inquiète Saint Jean-Poutge et Barran (dans cette dernière commune on fouille des maisons et on tire sur des basses-cours). Sur la route de Lannemezan, le carrefour de Compreste (sur l’axe Seissan-Mirande) est un moment tenu fermement puis cet élément passe la nuit à Seissan.
L’autre élément de la colonne a bifurqué vers Vic-Fézensac à Valence-sur-Baïse. Sur le trajet, il a incendié la ferme d’Alexandre Baurens, un dirigeant historique de la Résistance (les Allemands sont donc très bien renseignés). A Vic-Fézensac, on se livre à des visites domiciliaires puis on se dirige vers Montesquiou, jour de foire aux bovins de la Madeleine : l’arrivée puis le déploiement de la troupe dans ce chef-lieu de canton animé créent un mouvement de panique dans la foule sans faire cependant de victime. On ne peut écarter l’idée que les Allermands ne s’attendaient pas à un tel rassemblement de personnes et ont préféré décrocher sans commettre d’exaction.
Ces troupes allemandes auraient ensuite rejoint Toulouse via Saramon et Lombez le 22 juillet. Les populations des communes traversées auront été fortement impressionnées par ces violences délibérées, ce qui devait être le but visé.
A peine 14 jours auparavant, à Meilhan, en Astarac, les Allemands avaient exterminé le maquis Raynaud : bilan 77 martyrs de la Résistance, le plus sanglant combat du département. Et le public de la Foire de la Madeleine de 1944 ne l’ignorait pas. On comprend donc son émoi à la vue de ce déploiement de force.
A Montesquiou aujourd’hui, le souvenir est encore prégnant même si le contexte précis reste ignoré.

Henri Calhiol
Source : Fonds G.Labédan aux Archives départementales du Gers