Sous la lune basse, la
nuit de cette fin d'automne s'annonce froide. Sur le chemin qui longe le
Lizet, les phares d'une voiture trouent la masse brouillardeuse qui, déjà,
enveloppe toutes les formes. Dans un détour, la lumière tremblante s'empare
des ombres décharnées d'un bosquet de genévriers. Commune de
Montesquiou. Le cœur de l'Astarac. Arnaud. " Nous sommes ici au bout du
monde ", dira Jean-Luc Dupouy en saluant ses invités car, pour un soir,
en collaboration avec Les Dits de l'Osse, le jeune agriculteur a transformé
sa grange en salle de spectacle.
Maryline et Jean-Luc ont bien fait les choses. La vaste bâtisse, attenante
à l'habitation principale, est méconnaissable. 80 chaises sont disposées
en demi-cercle. On a bâché les fenêtres sans vitres. Dans un angle, des
palettes deviennent une estrade. Plus loin, un feu brûle allègrement dans
un bidon. Des photographies d'écrivains pendent aux solives. Des affiches.
Sur une longue table, des livres. En face, d'autres tables où les invités
ont déposé qui un pâté, une tarte, qui une bouteille. Car, après le spectacle,
on soupe.
Toutes les chaises seront occupées. Ils sont venus des 4 coins du Gers.
Des voisins, des amis, les amis des amis. Du bouche à oreille. Ils se sont
réchauffés, bu un verre, installés. |
|
Maintenant, la salle se tait. Magie de l'art vivant, magie du verbe
du comédien auquel on s'abandonne. En quelques mots, avec Ennemonde
et autres caractères, Alain Bauguil, le cheveu poivre et sel, la
moustache altière, un beau visage sur un grand corps de paysan,
nous immerge dans l'univers de Giono, une Provence loin des clichés,
rude, violente, où pas une famille ne possède pas un fusil, " dans
un va et vient d'amour et de haine". Après un crime parfait, Ennemonde
connaîtra le plaisir. Vieille, énorme, toujours très propre, désormais,
elle écoutera la pluie.
|
|
| |
|
|
Chacun s'arrange comme
il le peut, avec sa vie, ses amours, avec les arbres et le sable,
des abeilles sauvages, des boeufs, des serpentaires. Le livre disparaît.
La voix du comédien se module, véhémente ou douce, se hausse, s'envole,
puis se voile, finit par murmurer. Ou alors, les phrases filent
à perdre haleine. Ça jaillit, ça presse, ça court, ça bondit. On
happe des bribes, mais on suit. Il faut se laisser aller. Seule
compte la sensation. Le public est conquis.
|
|
C'était un mardi de novembre.
Bientôt, Alain Bauguil, du Théâtre du Fenouillet, dans la Drôme,
poussera la 200e porte de son Théâtre chez l'Habitant. Un moment
de vie et de rêve, simple et clair, une lecture à la croisée des
chemins du théâtre et du conte, de la veillée. Une rencontre, décalée,
agréable, riche. Une première dans notre département.
|
|
| Cliquez
sur les photographies pour les agrandir |
|